Markind 55 Cancri : Vaisseau mère – Chapitre 3 – Alpha ! Vous me recevez ?

Markind 55 cancri vaisseau mère Chapitre 3 © Markind

Bienvenue à vous, ci-dessous, le texte complet du troisième chapitre du roman de science-fiction Markind 55 Cancri : Vaisseau mère. 

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Bonne lecture.

L’auteur, Philippe Ruaudel

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Chapitre 3 - Alpha ! Vous me recevez ?

 

Un long tube de forme ovoïde se déplaçait silencieusement. Le fond sombre de l’espace contrastait avec le reflet rougeâtre que Parelas-d donnait au vaisseau mère. Le Markind 55 Cancri était le fruit de plusieurs générations d’esprits humains tous plus avisés les uns que les autres. Toute la technologie humaine était concentrée dans chacun de ses rouages, boulons, écoutilles ou tuyaux. Rien ne semblait troubler le calme qui l’entourait. Chaque lignée humaine modifiait peu à peu le Markind. Celui-ci n’était déjà plus le même qu’à son origine. Il avait bénéficié de nombreuses avancées technologiques acquises sur plusieurs planètes colonisées comme Belgi, Ition-g et Baure.

Phel avait participé indirectement à l’évolution du Markind par l’étude d’une roche baurienne aux capacités supraconductrices surprenantes. Une majeure partie des systèmes électroniques du Markind 55 Cancri avait pu être optimisée. Leur taille et leur dégagement de chaleur avaient été réduits comme peau de chagrin. Cela avait permis d’agrandir l’espace de vie du vaisseau de près d’un sixième, de quoi emmener plus de matériel. Au grand bonheur de Vidar, ses « petits » étaient devenus plus agiles et moins gourmands. Mais cette roche restait rare et de nombreuses prospections sur la surface de Baure avaient été nécessaires pour dénicher cette ressource révolutionnaire. Comite, son nom, faisait bouillir le sang des ingénieurs et techniciens en électronique. Elle permettait de repenser les systèmes et de les rendre plus performants. Chacun rivalisait d’idées pour innover toujours plus. Le Markind 55 Cancri s’affichait donc comme le fer de lance de la technologie humaine. Prêt à traverser des distances immenses vers une destination lointaine. Pourtant, malgré tout cette débauche de qualités techniques, sur Parelas-d, les colons restaient muets, introuvables.

 

« Nil, j’attends de vous un rapport à intervalles régulier. Nous tendrons tous les systèmes possibles dans votre direction, dit Milo Vard.

— Entendu, Milo, nous sommes prêts. Vous pouvez enclencher la séquence de débarquement », répondit Nil.

Milo Vard fit un signe rapide aux membres d’équipage responsables de la navette. Dans la salle aux pupitres, la nuée s’activait autour de lui. La décurie de sauvetage était installée dans un espace beaucoup plus sommaire que dans la graine. Elles étaient conçues pour faire les allers-retours entre les camps de base installées sur les planètes colonisées et le Markind. Cependant, une installation était nécessaire sur la surface pour permettre son lancement. Ce voyage serait donc à sens unique dans un premier temps.

La séquence d’entrée dans l’atmosphère parélienne augmenta la tension au sein de l’équipe de sauvetage. Le ressenti était beaucoup plus désagréable que dans la graine. Mais ce ne fut pas long. Après avoir fendu les cieux, l’engin se posa en douceur exactement à l’emplacement prévu par les ingénieurs et techniciens du Markind. Dès la confirmation de leur arrivée, les combinaisons se revêtirent de leurs parures de couleurs. Nil se leva et fit une rapide évaluation de sa décurie.

« Je vous confirme Milo que tout est ok de notre côté », avertit Nil.

Puis, il se dirigea vers l’écoutille principale qu’il déverrouilla. Un à un, les membres de l’équipe de sauvetage posaient les pieds sur Parelas-d tout en ajustant leur écharpe de respiration. Nil se baissa pour toucher de ses doigts le sable rouge parélien. Il en prit une poignée qu’il fit aller d’une paume à l’autre. Il fut surpris par la teinte du sol. Moins rouge que lors de ses observations à bord du Markind. Les machines ont tendance à tromper les sens, pensa-t-il. Il se tourna vers son équipe.

« Déchargeons le matériel et rejoignons le camp Alpha », annonça-t-il.

 

La concentration régnait au sein du centre décisionnel du Markind 55 Cancri. Les regards étaient tournés vers les pupitres de contrôle qui remontaient en temps réel la progression de la décurie de sauvetage au sol. Fatia surveillait tout particulièrement une carte tactique de la zone entourant le camp de base Alpha. Elle était nerveuse et avait déjà renvoyé sèchement deux techniciens pour des demandes de validation. Elle surveillait tout particulièrement la zone partant vers l’Est. Milo Vard vint à sa rencontre.

« Le géologue Phel et l’ingénieur robotique Trabo étaient partis sur un site situé dans cette zone. Vous avez un début de piste les concernant ? Peut-être ont-ils déclenché quelque chose ? », demanda Milo Vard.

Fatia se rejeta en arrière sur son siège. Elle passait les mains sur ses yeux en pressant légèrement ses orbites. Elle avait ce tic de comportement depuis des années.

« Vous allez bien Fatia ?

— Oui, c’est juste que je ne cesse de scruter cette vue. Quelque chose m’intrigue.

— Quelle chose au juste ?

— Regardez ces traces rectilignes sur plus de cent mètres. Elles parcourent cette zone depuis l’ensemble du camp Alpha en passant à proximité du transporteur du géologue et vont se perdre vers la forêt d’algues noires au loin, lui expliqua Fatia.

Milo Vard se pencha pour observer de plus près.

— En effet, mais nous ne les avions pas remarquées sur les clichés des sondes volantes, rétorqua Milo Vard.

— Vous avez raison. Ce sont des lignes magnétiques et non dessinées sur le sol. Seul le filtre tactique permet de voir de telles marques. De plus, elles restent légères mais bien présentes.

— C’est formidable ! Nous tenons enfin une piste. Je commençais à douter de ma santé mentale. Comment avez-vous eu cette idée, Fatia ? La voix de Milo Vard se teintait du retour de l’espoir.

— Tout simplement en partant du constat de l’état électrique du camp Alpha, élément validé par le transporteur et la balise du site 4HE. Leurs sources d’énergie ont été comme vampirisées. J’ai tout de suite pensé à une attaque EM, argumenta Fatia.

— Une arme EM ? Comme celles utilisées anciennement sur Terre pour faire retourner à l’Âge de pierre des nations entières ?, interrogea Milo.

— Oui, celles-là mêmes. Cependant, elles laissaient une marque différente, comme un souffle formant des cercles. Cette configuration est inédite. Je ne trouve rien sur l’Humania concernant des armes électromagnétiques ayant cet effet sur de si grandes distances, se résigna Fatia en croisant les bras et se rejetant sur son siège.

— Vous avez fait du très bon boulot, Fatia. Allons prévenir Nil et sa décurie de cette découverte », répliqua Milo Vard dont les traits s’étaient légèrement détendus.

Nil, en compagnie de deux membres de son équipe, arpentait chaque tente du camp Alpha, sans faire plus de découvertes que les deux sondes robotisées. Chaque colon s’était comme volatilisé. Nil cherchait sous une table des traces éventuelles ayant pu échapper aux sondes quand son PIM indiqua un message entrant important provenant du Markind. Il se releva rapidement. Dans sa précipitation, il se cogna la tête sur le rebord de la table.

Il jura quelques noms d’oiseaux envers l’objet inerte. Pourtant innocent, il lui balança un rapide coup de pied. Sa combinaison réagit aussitôt en communiquant le statut médical à son entourage par des signaux verts clignotants. Il pesta de nouveau envers sa combinaison. Il prit la communication.

« Tout va bien Nil ? Nous venons de recevoir votre check-up médical depuis votre position, demanda Milo Vard.

— Oui tout va bien. Je viens juste d’ajouter une bosse à ma collection. Vous avez du nouveau de votre côté ?, demanda Nil en passant sa main dans ses cheveux pour masser la zone douloureuse.

— En effet, répondit Milo Vard. Les recherches de Fatia ont permis de lever une piste. Mais je m’arrête là et je vais lui laisser la parole pour vous donner plus de précisions.

— Salutations, j’ai pu mettre en évidence l’utilisation de technologies EM, commença Fatia.

— Des armes EM ? Il nous faut tout de suite des contre-mesures… , coupa Nil.

— Ne m’interrompez pas !, intervint Fatia, l’air agacée.

— Je ne pense pas à des armes. Il n’y a pas de signe d’une volonté de détruire le camp Alpha. De plus, les traces EM sont diffuses et d’une configuration inédite, continua Fatia. Vous trouverez sur vos PIMs l’ensemble de mon rapport et les différents capteurs à activer pour remonter cette piste. »

L’intervention de Fatia à peine terminée. Nil et son équipe parcouraient déjà leur pupitre d’information mobile. Cet objet était devenu incontournable. Il permettait de s’adapter à tout type de matériel. Dans ce cas précis, il devenait par la connexion à un détecteur mobile, un véritable petit centre tactique. Chacun pouvait prendre connaissance des éléments et les mettre à jour en temps réel.

« Je vois que vous profitez déjà des renseignements de Fatia et de son équipe, fit remarquer Milo Vard.

— Vous avez raison d’être pressé de prendre connaissance de ces éléments, intervint Fatia. Les traces EM disparaissent rapidement. Elles doivent déjà être difficiles à repérer. Vous devrez vous fier à leur historique, ajouta-t-elle.

— La chasse est lancée », lança Nil à son équipe.

Nous partons à la chasse à l’ours. Nous allons en prendre un très gros, pensa-t-il intérieurement.

Cette pensée était remontée en lui comme un souvenir profondément enfoui. Il ressentit une immense nostalgie l’envahir. Il se rappelait son père lui contant cette histoire. Que lui-même tenait de ses parents. Transmise de génération en génération. Elle résonnait en lui. Il avait le regard fixé vers la porte de la tente. La lumière rougeâtre filtrait au travers. Une peur enfantine monta soudain en lui.

« Je requiers l’autorisation de prendre des équipements issus du cube d’armement, demanda Nil sur un ton officiel.

— Autorisation refusée, il n’y a pas de trace d’agression. Vous pourrez réitérer votre demande en cas d’agression avérée, répondit Milo Vard.

— Entendu », répondit Nil d’un ton neutre.

Une fois la communication coupée, Nil se retourna vers l’archiviste de son équipe.

« Les entrées à venir seront certainement de nombreuses fois parcourues par les futures générations », lui glissa-t-il avec un clin d’œil complice.

Mionis Pishard, d’un naturel réservé, acquiesça du regard. On imaginait un large sourire se dessiner sous son écharpe respiratoire.

L’équipe se rassembla rapidement au centre du camp Alpha. Une fois un rapide briefing terminé, ils prirent un transporteur qu’un robot de maintenance avait fraîchement réactivé. L’ingénieure de l’équipe, Carol Nian, venait de finir de le remettre en état. L’ensemble du matériel superflu qu’il contenait avait été déposé pour pouvoir accueillir la décurie. Carol expliqua à Nil que la vitesse de déplacement serait plus faible le temps que les systèmes récupèrent entièrement du black-out.

Un premier point de chute avait été établi. Nil, en accord avec Fatia, inspecterait le transporteur du géologue Phel et de l’ingénieur en robotique Trabo.

« Nous serons, dans cinq heures, au site 4HE. Pendant ce temps, nous analyserons l’ensemble des données récoltées sur les cent mètres de largeur de la trace EM », rappela Nil à son équipe.

Du centre de contrôle, la nuée observait et scrutait chaque mouvement du transporteur se dirigeant vers l’Est. Milo Vard sentait l’anxiété le gagner de nouveau. Fatia s’approcha de lui.

« Allez prendre un peu de repos, Milo, je vous préviendrai lors de leur approche sur le site 4HE, lui dit-elle sur un ton presque maternel.

— Vous avez raison. » Sans ajouter un mot de plus, il perça la nuée en direction de ses quartiers personnels.

Qu’ont-ils réveillé ? Cette pensée obsédait Milo depuis quelques heures. Il dut faire quelques efforts de concentration pour l’effacer de son esprit.

Je dois garder les idées claires et ne pas me laisser submerger. Les faits, rien que les faits. Eux seuls sont empreints de vérité. Le responsable de l’ensemencement s’allongea. Il ne prêta aucune résistance au sommeil qui le submergeait.

Le transporteur de Phel et Trabo se présentait comme une tache blanchâtre sur le sol rouge de Parelas-d. Nil et son équipe approchaient à une allure devenue presque normale, les systèmes de leur véhicule étant presque totalement rétablis. Sur leur passage, ils soulevèrent un léger nuage de poussière rougeâtre. Leurs traces se confondaient désormais avec le transporteur des colons disparus. Mionis Pishard préparait son matériel d’enregistrement et s’assurait d’une liaison permanente, directe ou indirecte, avec le Markind. Il ressentait une pression grandissante à chaque fois qu’il voyait que la distance au site 4HE se réduisait. Sa nature anxieuse resurgissait, il tapotait nerveusement de ses doigts fins à proximité de son PIM. Nil le remarqua et s’approcha en se faufilant entre les passagers. On lui fit un peu de place pour qu’il s’installe à son côté.

« Désolé de vous perturber, Mionis. Je vous observe depuis quelques minutes et je semble avoir repéré chez vous une certaine tension, avança poliment Nil.

— Je me sens un peu fébrile, Nil. Je ne vous le cache pas, répondit Mionis.

— Cette excursion est, certes, inhabituelle. Mais je ne pense pas qu’il faille craindre pour nos vies. Enfin jusqu’à preuve du contraire, enchaîna Nil en terminant sa phrase sur un ton léger.

— Oh non. Ce n’est pas à ce niveau-là que se situe mon stress. J’ai confiance en vous et en notre décurie. Je n’aurais pas accepté dans le cas contraire. Il marqua une rapide pause et fixa Nil.

— À vrai dire, c’est l’Humania. Ou plutôt, ma contribution à elle qui m’angoisse. Les générations futures se reposeront sur mes récits. Je dois être le plus cohérent, rigoureux et précis que possible.

— Nani gigantum humeris insidentes, murmura Nil tout en écoutant Mionis.

— Pardon ?, lui demanda Mionis.

— Nani gigantum humeris insidentes, répéta Nil plus distinctement. Juste une très ancienne citation terrienne en latin. Traduite en langage universel cela donne : Des nains sur des épaules de géant, expliqua Nil. Elle met juste en lumière que la connaissance humaine est la somme des expériences passées, argumenta encore Nil. Elle me paraît s’adapter particulièrement à l’Humania. C’est une noble tâche que vous réalisez, Mionis, et je ne doute pas un seul moment de votre expertise. »

Le PIM de Nil et Mionis afficha une information prioritaire.

« Je vais vous laisser, nous approchons du site 4HE, conclut Nil en se levant pour retourner vers le poste de pilotage.

— Merci Nil et je me rappellerai cette locution de Bernard de Chartres », lança Mionis en relevant le nez de son PIM. En quelques instants, la fraction de l’Humania contenue dans son bracelet lui avait remonté toutes les informations cohérentes et judicieuses autour du philosophe platonicien français.

Dans un décor désertique, le transporteur du géologue Phel et de l’ingénieur robotique Trabo semblait abandonné, les portes d’accès grandes ouvertes. Après une rapide inspection des lieux autour de l’engin, comme pour le camp Alpha, aucune trace de lutte ou de violence quelconque n’apparaissait.

Nil et son équipe se répartirent en deux groupes. L’un mené par Carol Nian se dirigeait vers le site de fouilles, tandis que celui de Nil examinait le véhicule. Vidé de son énergie, il nécessitait le même traitement que celui qui les avait amenés ici. Un à un, les systèmes étaient relancés avec de brefs apports d’énergie. Nil laissa deux membres de son équipe se charger de la remise en état du transporteur. Puis il se dirigea vers la soute. L’obscurité y régnait. Il la parcourut du regard avant de lancer des filtres de vision divers. Mais il n’en eut pas besoin, une légère lueur de jaune orangé attira aussitôt son regard. Intermittente, elle illuminait le bord d’une caisse de stockage. Le matériau étanche permettait une légère transparence. Il appela aussitôt Mionis qui apparut au pas de la porte de la cabine.

« Je crois qu’il y a quelque chose qui n’a pas été affecté par le black-out dans cette caisse, dit Nil en la désigna du doigt.

— Restons vigilants », ajouta-t-il.

Nil s’approcha lentement. Il déverrouilla la caisse à l’aide d’un outil récupéré à proximité.

La lumière orangée inonda la soute. Aussitôt, le check-up médical du géologue Phel fut transmis à la décurie de Nil, puis, quelques millisecondes plus tard, au Markind.

« Allez chercher le biologiste ! Vite ! », lança Nil.

Mionis sortit de la soute aussitôt pour appeler le biologiste du groupe.

Milo Vard se réveilla en sursaut lorsque son PIM indiqua un message urgent en provenance du centre décisionnel. Il se leva, réajusta sa combinaison et sortit tout en consultant les derniers éléments transmis. Il sursauta quand il faillit percuter Fatia qui se dirigeait vers lui.

« Le géologue Phel…, commença Fatia.

— Oui, je viens de voir ça. Ses blessures semblent ne pas le mettre en danger. Ils n’ont donc pas tous disparu !, lança Milo Vard.

— Oui. Il devrait s’éveiller dans quelques instants ; le biologiste du groupe s’occupe de lui », ajouta Fatia.

Ils se dirigèrent tous deux vers le centre décisionnel d’un pas ressemblant plus à une course qu’une marche. Ils fendirent la nuée tourbillonnante d’excitation devant les données qui remontaient du site 4HE.

Nil et l’ensemble des membres de la décurie entouraient, de près ou de loin, le corps inanimé de Phel. Le biologiste scrutait l’ensemble de ses paramètres vitaux. Bientôt, les indicateurs de santé de la combinaison passèrent de l’orangé au jaune. Il avait placé un bloc circulaire à l’endroit de sa blessure. Le traumatisme avait été provoqué par un foret ayant traversé presque de part en part son mollet gauche. La combinaison avait réagi comme prévu en scellant l’endroit affecté. De façon autonome, pour combattre la douleur et les possibles infections, elle avait prodigué des sédatifs puissants et surveillait en permanence la biochimie de son porteur. Le casque avait permis de fournir un apport d’air faible mais suffisant pour survivre quelque temps.

Après quelques minutes, et grâce aux soins prodigués, la combinaison passa au vert. Phel ouvrit peu à peu les yeux. Un peu groggy, il regarda Nil avec étonnement.

Je suis de retour sur le Markind ?, pensa-t-il brièvement.

Milo Vard reconsidéra son refus à Nil.

« Dans ce cas de figure, je pense que nous pouvons vous donner l’autorisation de l’ouverture du cube d’armement. »

Sa décision était claire, sans ambiguïté possible. Nil sentit un poids quitter ses épaules. Cependant, la peur diffuse revint à la charge.

« Entendu, nous aurons besoin d’un soutien tactique renforcé à partir du Markind », ajouta Nil.

— Mon équipe travaille sur ce sujet pour vous fournir tout un ensemble de données en temps réel. Vidar prépare actuellement deux sondes aériennes supplémentaires et un robot tactique. Ils seront sur votre position dans trois heures, intervint Fatia.

— Parfait, la moitié de ma décurie sera en chemin pour récupérer les équipements du cube. Nous restons vigilants. Concernant notre rescapé, le géologue Phel se remet bien physiquement. Il semble encore un peu secoué psychologiquement », répondit Nil.

En effet, quelques instants auparavant, Phel avait à peine repris ses esprits. Et l’épisode de la soute lui était vivement revenu en mémoire.

« Les algues… Les algues noires nous ont foncé dessus… à une vitesse prodigieuse. Trabo m’a sauvé la vie… Pauvre Trabo », s’écria Phel. On pouvait lire la frayeur dans ses yeux. Il essaya de regarder en direction de l’horizon noir. Nil s’abaissa à son niveau.

« Nous n’avons trouvé aucune trace de lui. Ce qui peut aussi dire qu’il vit encore, répondit calmement Nil.

— Pourquoi êtes-vous là ? Lekia ou d’autres colons devraient se trouver ici ? Vous devriez être encore sur le Markind, s’étonna Phel en comprenant de suite les événements. Le camp Alpha aussi…, soupira-t-il. Nil intervint aussitôt.

— Oui en effet, le camp Alpha est totalement désert. Aucune trace de combat. Ils se sont évaporés. C’est à n’y rien comprendre. Mais, grâce à vous, nous tenons notre plus beau suspect, répondit Nil toujours sur un ton calme.

Phel sentit ses mains trembler légèrement. Puis, elles se calmèrent. Son esprit devint un peu moins lucide.

— Nous vous donnons quelques substances pour vous aider à passer ce choc. Reposez-vous, » dit le biologiste en apposant sa main sur le bras du blessé.

Nil attendit quelques instants que Phel se rendorme. Il regarda brièvement le biologiste qui s’attelait au réglage de l’appareillage soignant la vilaine blessure de la jambe du colon.

Nil se rapprocha de Mionis Pishard qui scrutait l’Humania à la recherche d’éléments pouvant expliquer l’attaque si subite des algues.

« Des infos ?, demanda Nil incrédule.

— Aucune, c’est une configuration inédite. Qui ne le sera plus pour les générations futures, ajouta Mionis.

— Si ces algues nous en laissent la possibilité », dit Nil en fixant la forêt d’algues noires à l’horizon.

 

À bord du Markind, Fatia n’avait pas décidé de passer un moment dans l’atelier de Vidar. Mais les récents évènements l’y conduisirent. En temps normal, les membres d’équipage n’étaient pas friands de l’humeur en dents de scie du responsable en robotique et automatismes. À la suite des derniers évènements, elle ne s’attendait pas à un accueil chaleureux de sa part. Au moins, une tolérance toute relative de sa présence dans l’atelier. Le couloir qui y menait, lumineux et aux reflets métalliques, donnait l’impression de plonger au cœur d’un géant d’acier. Cette partie technique du Markind différait des autres espaces de vie. Arrivée à proximité de l’atelier, la paroi laissa apparaître l’intérieur. Son statut, lié à la sécurité, lui permettait d’observer à volonté bon nombre d’endroits du vaisseau mère. Elle pouvait, par transparence, voir Vidar et ses équipes s’affairer autour des deux sondes et de l’imposant robot tactique. Après quelques secondes d’observation, elle pénétra dans la zone de décontamination et revêtit la « seconde peau » nécessaire à la circulation dans l’atelier.

Vidar vint à sa rencontre.

« Fatia, je vous attendais pour l’activation du robot tactique, dit-il d’un ton loin d’être affable.

— Vidar, je ne suis pas d’humeur à supporter votre mauvaise humeur », répondit sèchement Fatia en appuyant la fin de sa phrase.

Il la précéda et fila aussi sec en direction de l’engin militaire. Imposant, même à l’arrêt, une crainte montait en soi rien qu’en le voyant. Ses lignes étaient brutes et pures, comme découpées au rasoir. Il exprimait une certaine beauté. Sa teinte tirait sur le vif-argent, bien que la pigmentation de son revêtement pût changer à chaque instant.

« Vous avez devant vous de quoi annihiler un peu tout et n’importe quoi. Essayons juste de ne pas nous tromper lors de son réveil. Il vaut mieux pour nous d’être de son côté, renchérit Vidar. Il posa la clé d’activation du robot tactique sur un établi, non loin de Fatia.

— Je suis parfaitement au courant des ravages que ce type de tas de ferraille a provoqué sur Ition-g et ce qui lui a valu son surnom », répondit Fatia.

Vidar fit glisser d’un geste rapide la clé vers Fatia. Elle la récupéra avec un seul doigt d’un coup net. La réaction de Vidar n’eut pas l’effet escompté sur elle. Elle resta impassible. Elle savait au fond d’elle que la passion qu’il arborait envers ses machines avait une certaine frontière. Le MART-MKD en avait peut-être franchi une. Bien qu’il soit doté des meilleures avancées techniques, cet engin ne restait qu’une machine de destruction et de désolation. Totalement en contradiction avec la volonté profonde de construire et de concevoir de Vidar.

Le robot tactique demandait une procédure particulière pour être activé. Devant sa dangerosité, Milo Vard avait dans un premier temps refusé son envoi sur le site 4HE. Après d’âpres discussions, Fatia eut raison de sa volonté devant la menace que représentaient les algues.

« À vous de jouer ! Milo a déjà fait sa part du travail », invita Vidar d’un geste de la main en direction du robot tactique.

Elle s’approcha de la masse de métal inerte. Elle marqua une pause. Puis, elle inséra la clé d’activation d’un geste bref.

C’est un mal nécessaire, pensa-t-elle.

Les membres d’équipe de Vidar eurent un bref mouvement de recul quand la machine montra des signes de réveil. Le robot tactique MART-MKD avait troqué son nom de baptême technique pour le surnom de « Gritche ». Il faisait référence au terrible monstre métallique sorti tout droit de l’imagination d’un auteur terrien du XXème siècle, Dan Simmons. Il avait été pensé, conçu et réalisé, comme beaucoup d’inventions humaines, à l’origine, pour servir positivement l’humanité. Il pouvait répondre à toutes les menaces qui mettraient en péril une lignée. Autonome et armé pour répondre aux principaux risques d’attaques possibles. À la suite des terribles évènements qu’avaient suivi la colonisation de la sixième planète du système Ition, les survivants avaient finalement mis hors-service, au prix du sang, les deux robots tactiques en service. Sauvant l’ensemencement et la lignée du Markind 55 Cancri d’une fin prématurée. En premier lieu, il était hors de question de remettre en service ou produire de nouveau ce type de machine. De façon pragmatique, les humains avaient de nouveau produit le MART-MKD. Les mondes inconnus à découvrir poussèrent ces derniers à revoir leur copie. Les nouvelles productions contenaient des contre-mesures multiples. Et la première d’entre elles : aucun humain ne devait subir quelque dommage que ce soit de sa part.

 

Carol Nian fit un geste de la main en direction du ciel parélien.

On pouvait y voir un point lumineux, suivi de légères traînées blanchâtres, traverser le ciel de Parelas-d. Il brillait par intermittence.

« Le robot tactique est en approche ! », lança-t-elle.

L’impression de sécurité augmenta sensiblement dans l’esprit de Nil. Dans le passé, ce bijou technologique militaire avait pu contraindre plusieurs bataillons humains bien armés et préparés à la déroute ou au mieux à une retraite rapide. Puis, il se ravisa.

Ces algues n’ont rien d’un bataillon humain, il sera vite mis en pièces ou désactivé, pensa-t-il.

« Il est autonome. Il va patrouiller dans nos alentours, dit Carol Nian. On sentait dans le ton de Carol une certaine fascination.

— Du moment, qu’il ne nous prend pas en grippe, dit Nil sur le ton de la plaisanterie.

— Le transporteur de Phel et Trabo est désormais opérationnel, rapporta Carol Nian, sans réagir à l’intervention de Nil.

— Parfait, une fois l’équipe au complet, nous nous dirigerons vers ces algues, dit Nil, dont le regard plongeait au loin.

Le Gritche ne lui inspirait plus aucune crainte. Celle-ci était remplacée par cette menace inconnue qui leur barrait l’horizon.

« Non ! Non ! Et Non ! Ce n’est pas possible ! » Milo Vard tapait des deux mains sur les pupitres. L’affichage de l’un d’entre eux en fit les frais. Fatia se tenait derrière lui la main sur la bouche, hagarde. La nuée ne tournait plus. Les hurlements du responsable de l’ensemencement venaient de rompre le lourd silence qui emplissait le centre décisionnel. Un lourd silence qui s’imposa, lorsque une fois de plus, les humains et machines au sol ne répondirent plus.

Milo Vard s’assit, posant ses mains sur son front, penché vers le sol. Quelques pleurs provenaient des alentours. Passé l’effroi, un sentiment de désespoir inondait le cœur du Markind.

« Je vais vérifier les cartes tactiques », dit Fatia mécaniquement.

À ces mots, Milo Vard ne réagit pas.

Fatia s’isola avec deux membres de son équipe qui semblaient avoir gardé leur sang-froid. Ils décortiquèrent les dernières secondes où l’équipe de Nil s’avançait vers les algues noires. Les images ne montraient rien de spécifique. L’équipe au sol s’était volatilisée sous leurs yeux. La vue tactique au contraire se montra plus prolifique. Fatia savait désormais à quoi s’attendre. Une à deux secondes avant la perte de contact, un sursaut d’énergie électromagnétique dessinait un large cercle à moins de cent mètres de la dernière position. Les cartes suivantes, issues des plus récentes observations des sondes en vol, montraient des traces rectilignes.

Ils ont été comme happés par les algues, pensa-t-elle.

Chose étonnante. Les derniers comptes rendus médicaux ne montraient aucune irrégularité. Elle retourna aux dernières prises de vues du sol parélien. Le robot tactique restait là, immobile. Il s’était montré totalement impuissant devant la célérité de la disparition de ceux dont il avait la garde.

Vidar venait d’entrer dans le centre décisionnel. Il marqua un temps d’arrêt, observant pendant quelques instants les membres d’équipage encore sous le choc. Puis, il avança en direction de Milo Vard.

« Bon sang, qu’est-ce que ces saloperies d’algues ont fait de nos compagnons ? », lança-t-il sur ce ton bougon le caractérisant tellement. À ces mots, Milo Vard leva la tête.

« Je n’en sais fichtrement rien, répondit Milo Vard.

— Ce que je sais, c’est que vos « petits » ne les intéressent pas, ajouta-t-il.

— C’est peut-être notre chance, Milo, dit Vidar.

— Comment ça, Vidar ?

— Eh bien, je pense que nous pourrions envoyer une sonde de reconnaissance au sol. Les algues n’ont jamais montré quelque intérêt que ce soit, avant ou après ces évènements, envers elles. À mon avis, mes petits sont des victimes collatérales. Elles sont justes désactivées par ces puissants champs EM. Et ce malgré mes modifications, expliqua Vidar.

— Pourquoi pas ? De toute façon, je ne vois pas quoi faire d’autre., répondit Milo Vard.

Fatia approcha et s’immisça dans la discussion.

— Les cartes tactiques montrent les mêmes configurations qu’auparavant. Vidar, vous avez des éléments nouveaux ? Le robot tactique peut-être ?, demanda-t-elle.

— Il a été aussi utile qu’un cube de débarquement vide, répondit Vidar.

— Cependant, je proposais à Milo d’envoyer un drone de reconnaissance dans les algues où l’équipe de Nil a disparu. Les algues n’en ont cure apparemment. Les équipements du camp Alpha n’ont pas été impactés, cette fois-ci, et je peux déployer un de ceux présents dans moins d’une heure à l’aide d’une sonde volante, expliqua Vidar.

— Vous avez carte blanche, Vidar, dit Milo d’une voix détachée. Il replongea aussitôt dans ses pensées. Le responsable de l’ensemencement balayait lentement d’un regard vide une partie du centre décisionnel. Fatia retourna à l’étude de ses cartes tactiques et autres données de terrain fraîchement reçues.

Vidar les salua et repartit en direction de ses ateliers. Sa démarche démontrait un certain entrain qui dénotait totalement de l’ambiance endeuillée qui recouvrait le centre décisionnel.

 

Sur le camp Alpha désert, le drone de reconnaissance reçut ses instructions. Activant ses systèmes de déplacement, il se dirigea vers une plateforme destinée au transport de fret. Arrivant avec une précision millimétrique à destination, il sortit ses trois organes d’ancrage. Déjà un point sombre apparaissait, au-dessus des tentes d’habitation. En quelques secondes, la sonde aérienne s’arrêta en vol stationnaire au-dessus de lui. La manœuvre automatique ne mit que quelques minutes à s’accomplir. Puis le couple décolla en direction de l’Est.

© Philippe Ruaudel

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Allez plus loin dans l’expérience de ce chapitre de Markind 55 Cancri: Vaisseau mère en découvrant plus sur les personnages , les lieux rencontrés durant votre lecture et une ambiance sonore proposée via une playlist sur Soundcloud ou Spotify

Ambiance sonore

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